Vie donnée, vie de feu

Homélie du 20e dimanche t.o. – C

On parle volontiers de la paix. On se la souhaite à chaque eucharistie. On veut la paix. À plusieurs reprises, on entend : La paix soit avec vous. Ce sont les paroles mêmes de Jésus.
Or aujourd’hui, Jésus nous prend à revers : « Croyez-vous que je sois venu apporter la paix» On serait porté à crier Oui à grands cris, « non, je vous le dis, mais la division.»

À prime abord, cette phrase nous déstabilise. Jésus si bon, si aimable, si compréhensif, ça s’peut pas. Avec la béatitude des pacifiques «Heureux les artisans de paix car ils seront appelés fils de Dieu », nous préférons les textes où Jésus ressuscité donne la paix aux apôtres. Nous préférons un Jésus plus doux, plus aimant, plus conciliant quoi. Et nous oublions que l’amour est souvent exigence et glaive au cœur comme le dit le vieillard Siméon à Marie «et toi-même, une épée te transpercera l’âme.» Lc 2.35 

La liquidation des témoins gênants est une pratique fort an­cienne, comme l’atteste les lectures d’aujourd’hui. Parce qu’il a dénoncé les alliances dangereuses contractées par Jérusalem, le prophète Jé­rémie est accusé de collaboration avec l’ennemi et jeté dans une ci­terne remplie de boue, où il mourra sûrement. Mais, il en sera tiré grâce à l’intervention d’un étranger par un geste de compassion.

Jérémie n’a jamais cherché à diluer son message pour sauver sa vie. Il a choisi de se démener corps et âme  pour crier le message de Dieu. Ça correspond bien aux paroles de Jésus en Marc 8 :35 «celui qui perdra sa vie à cause de moi et de la Bonne Nouvelle la sauvera Dans le livre de Jérémie, on peut lire : Si je dis: Je ne ferai plus mention de lui; je ne parlerai plus en son nom mais, dans mon cœur, il y comme un feu dévorant qui est renfermé dans mes os. Jérémie 20 : 9

Ce même feu dévorant a habité Jésus durant toute sa vie. Il n’a pas eu peur de se mouillé, il y est allé à fond de train. Jésus connaissait bien les psaumes. Il savait que sa manière de faire et de parler de son Père le ferait descendre lui aussi au fond du gouffre mais il savait aussi que sa fidélité le sauverait et avec lui tous ceux et celles qui accepteraient son message.  L’évangile de Luc présente Jésus comme un nouveau Jérémie : un homme rejeté par ceux-là mêmes auxquels il vient annoncer le salut.

Un jour, lors d’une rencontre pastorale, l’animateur nous a invités à remplacer le mot salut du texte par le mot santé. Il paraît qu’il y a 88 versets bibliques où figure le mot Salut. J’ai trouvé le terme santé beaucoup plus parlant. Jésus vient pour nous dire comment être en bonne santé, comment  entrer en communion intime avec Dieu autant au sens physique, moral que spirituel. La santé intégrale de l’être unique que je suis en communion avec l’amour.

Jésus nous a apporté l’amour même qui brûle en lui. Il a les paroles de feu qui nous dérangent et qui dérangent autour de nous. Il nous transmet la flamme de cet incendie infini et il veut que nous en vivions. Environ 15 siècles plus tard, comme Jérémie, Jésus suscite des oppositions. Au tout début de l’Évangile de Luc, le vieillard Siméon a dit à Marie : «Ton fils sera un signe de division.» Les chrétiens pour lesquels le présent Évangile est écrit vivent en fait de grandes difficultés. Dans la même famille l’un est devenu disciple du Christ et l’autre, un opposant farouche. Les plus proches se heurtent et se dénoncent mutuellement dans un contexte de persécution ou de dérision. Car le chris­tianisme est loin de faire l’unanimité.

Aujourd’hui encore, le message de Jésus sème la division, y compris au cœur des familles. Il provoque des ruptures et des conflits parce que nous nous engageons dans une fraternité univer­selle qui ne coïncide pas toujours avec nos liens de parenté et nos milieux de vie et de travail. Là où l’Évangile est pris au sérieux, il peut conduire à des arrachements douloureux comme en témoigne Jésus lui-même. Signe de contradiction, il a payé de sa vie le litige que sa prédication et son comportement avaient ouvert avec les gardiens de l’ordre établi.

C’est ainsi que nous adorons un Messie crucifié. Si au moins, on l’avait lapidé car on lapidait les prophètes; on pourrait se justifier de mettre notre foi dans un grand martyr mais la croix… la croix était réservée aux malfaiteurs et aux brigands. Un vrai scandale pour les Juifs et une folie pour les païens. Pour nous, les chrétiens, la croix est puissance de Dieu. Nous en sommes toujours étonnés, mais appartenir au Christ n’a jamais été facile. Il est certes le Prince de la Paix selon Isaïe (ls 9,5), mais ce n’est pas une paix comme le monde la donne. Comment le disciple ne connaîtrait-il pas les mêmes épreuves que le Maître ? Et l’espérance de la même paix aussi?

La Bonne Nouvelle apportée par Jésus est un appel à la conversion et elle comporte son lot d’exigence comme brûler du même feu qui l’a dynamisé jusqu’à ce qu’il remettre son Esprit entre les mains du Père. Baptisé dans l’eau par Jean le Baptiste, Jésus a vécu son baptême dans le feu de l’Esprit par sa passion et sa mort, épreuve suprême qui le conduira à la résurrection car Dieu a ouvert pour lui une brèche dans le mur de la mort et il l’a relevé. Vivant, il est vivant. Ressuscité comme nous le dirons dans notre Credo.

Chacun se doit de vérifier ses propres motivations. Le feu que le Christ vient allumer sur la terre est le feu intérieur de l’Esprit (Matthieu 3,11). Ça n’a rien à voir avec les feux de forêt qui ravagent villes et villages en Europe et ailleurs. Le combat annoncé sera avant tout un combat contre une part de nous-mêmes. Notre foi n’est pas une vinaigrette sur la salade de nos vies; elle  passe par le témoignage incontestable d’une vie donnée, comme ce fut le cas pour Jérémie et Jésus.

Hommes de passion et de compassion, Jérémie, l’auteur des psaumes, Paul, Jésus et ses disciples sont tous des gens passionnés. Ils savent entendre les souffrances de leur peuple ou de leur communauté et, malgré les résistances des uns et des autres, ils sèment une parole de compassion et d’espoir indéfectible. Paul dans sa lettre aux Hébreux nous invite à imiter les grands témoins de la foi en ne perdant jamais de vue que le modèle à suivre demeure le Christ qui  est  tout  en   tous. C’est à sa suite qu’il faut marcher, dans son sentier qu’il faut mettre nos pieds.

C’est la grâce que l’on se souhaite; Amen !

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