Homélies

19 septembre 2021 – 25E dimanche du temps ordinaire

Lectures de ce dimanche
1re lecture : Livre d’Isaïe 50, 5-9a
Psaume 114 (116a)
2e lecture : Jacques 2, 14-18
Évangile d’après Marc 9, 30-37

Commentaire de l’évangile : Qui est PREMIER dans le Règne de Dieu ?

L’évangéliste Marc écrit ce récit vers 65 pour les chefs d’une communauté chrétienne de Rome. C’est  Néron qui règne sur l’empire romain. On sait qu’il y avait des synagogues à Rome, donc des Juifs qui vivent comme au temps de Jésus en suivant les enseignements de la Loi de Moïse, la Torah. Graduellement, après la mort de Jésus, des Juifs se sont convertis à la Bonne Nouvelle par l’enseignement des apôtres, et ont cru en la résurrection de Jésus. Des païens aussi se sont convertis et il s’est formé des communautés chrétiennes, un peu partout en Palestine, en Grèce puis à Rome.
Dans le récit qu’on lit aujourd’hui, les personnages sont Jésus (Fils de l’homme), et ses disciples (les Douze). En arrière-scène il y a des hommes, ceux qui vont tuer Jésus. Le groupe traverse la Galilée, il part de Césarée, plus au nord, nommée en l’honneur l’empereur, et finalement on s’arrête à Capharnaüm, à la maison de Pierre.

Alors que se passe-t-il ?

Jésus traversait la Galilée avec ses disciples. Il est important de savoir que l’action de Jésus, comme exorciste et guérisseur, en proclamant le nouveau Règne de Dieu, se passe en pays pratiquement païen, la Galilée. On sait qu’il y a rencontré une forte opposition de la part des scribes et des Pharisiens, venus de Jérusalem pour montrer aux chefs des synagogues comment bien suivre la Torah. Rappelons-nous, il y a quelques semaines, le récit de Marc qui raconte la guérison d’un paralytique un jour de sabbat et le pardon de ses péchés. Pardonner les péchés, seul Dieu a ce pouvoir, ont objecté les scribes et Pharisiens. Je résume : Cette guérison et ses paroles, et d’autres, les ont amenés à décider d’accuser Jésus de blasphème et de le condamner Jésus à mort.
Jésus ne voulait pas qu’on le sache, parce qu’il se dirige vers sud, vers Jérusalem, en Judée, où il va inévitablement rencontrer à nouveau l’opposition des scribes et Pharisiens, à laquelle va s’ajouter celle des partisans du roi Hérode.

  1. Donc, en route, Jésus dit aux disciples : Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes; et ils le tueront, et trois jours après… Jésus voyait bien ce qui allait lui arriver, car on ne s’oppose pas aux autorités du pays sans que celles-ci réagissent. (Le Fil de l’homme, c’est le juge des derniers temps…)
  2. Réaction des disciples : ils ne comprennent pas ces paroles et ils ont même peur de l’interroger. Pourquoi ? C’est qu’ils ont vu en Jésus, l’Envoyé de Dieu, le Messie, agir avec puissance. Comment peut-il dire maintenant qu’il va être tué ? Non  seulement ils  ne comprennent pas, ils n’osent plus interroger Jésus.
  3. Le message de Marc aux chrétiens de sa communauté, en l’an 65, c’est qu’ils rencontreront eux aussi l’opposition de ceux qui sont partisans de l’empereur Néron, et qu’ils peuvent s’attendre eux aussi à souffrir. De fait, plusieurs sont martyrisés et mis à mort.
  4. Et nous qui écoutons cette parole aujourd’hui, que penser de notre société et de ceux qui exercent le pouvoir ? On n’est peut-être pas en temps de persécution, mais beaucoup de catholiques ont perdu la foi et certains soit-disant penseurs aujourd’hui disent que l’évangile est une fable, indigne d’une époque où on ne croit qu’à la science et la raison. Alors oui, si nous suivons les paroles de Jésus, pensons-nous être traités mieux que Jésus et des premiers disciples ? Suivre la même route que Jésus s’annonce, sinon effrayant, au moins un peu fou, ou attardé.

L’écart entre Jésus et ses disciples

Revenons à notre récit. Il faut voir le fossé qui sépare Jésus de ses disciples. Jésus, leur maître bien aimé, vient de leur annoncer qu’il va être tué et, eux, discutent tout bonnement, imaginez un peu de quoi, pour savoir QUI EST LE PLUS GRAND, peut-être lequel d’entre eux pourrait devenir le chef du groupe ou de la communauté.

Alors, Jésus en profite pour instruire les siens, il appelle les Douze, ceux à qui ils veut confier la mission de proclamer le Règne de Dieu : Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. Et comme à son habitude, il explicite sa parole par un geste : il prend un enfant, le place au milieu d’eux et dit : Quiconque accueille un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille… et celui qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais Celui qui m’a envoyé.

Essayons de comprendre. Une parole comme celle-là nous indique quelles valeurs sont importantes dans le nouveau Règne de Dieu, les premiers seront les derniers. Qui sont les premiers et les derniers ?
Les PREMIERS, habituellement ce sont les puissants, les savants, les autorités, et ceux qui voudraient se prétendre le plus grand. Jésus les connaît, il les a rencontrés en Galilée. Et, on sait qu’ils ont refusé de reconnaître la puissance de Dieu dans le geste de guérir un paralysé. Ils ont refusé de croire que le Règne de Dieu était arrivé, là, devant eux. Alors, Jésus dit qu’ils sont déjà derniers dans le Règne de Dieu.

Les disciples, s’ils ne se sont pas opposés à Jésus, n’ont pas encore compris la signification des guérisons. Ils croyaient que l’Envoyé de Dieu allait les délivrer des Romains et de tout mal. À leurs yeux, Jésus ne pouvait pas souffrir et mourir. Ils refusent même l’idée que ça puisse arriver.

Jésus leur enseigne tout le contraire : les DERNIERS qui sont, habituellement, les pauvres, les enfants, les malades : eh bien, ceux-là sont déjà les premiers dans le Règne de Dieu. Si quelqu’un veut le suivre et être grand dans le Règne de Dieu, il doit être comme ces derniers.
Car, dans leur âme de petit, dans leur condition de malade, de pauvre, ils sont capables d’accueillir Jésus, et d’accueillir Celui qui l’a envoyé.

Qu’y a-t-il dans cet enseignement pour nous ?

Celui qui veut être le premier (comprenons : dans le Règne de Dieu) se fera le dernier de tous est aussi le serviteur de tous.

Qui est le dirigeant idéal pour nous ? Celui qui, choisi pour ses belles paroles, se hisse au somment et se fait servir ? Ou bien celui qui se considère au service de ceux dont il est responsable et se soucie d’aménager une place convenable à tous et en premier aux plus démunis ou aux sans voix ?

Appliquons l’enseignement à la vaccination.

Avons-nous osé ou oserions-nous, les 30, 50 ou 70 fidèles dans notre église, exiger que nos dirigeants partagent les doses de vaccins équitablement entre les Canadiens et les habitants d’un pays africain ? Une dose pour un Canadien, une dose pour un Africain. (Devant le faible taux de vaccination et la montée des  variants de la Covid, les dirigeants de l’OMS ont demandé aux pays riches d’en faire plus pour les pays pauvres.)

Souvenez-vous quand chaque pays courait pour obtenir des doses ?  Nous étions bien contents que nos gouvernements aient enfin réussi à obtenir des vaccins en assez grande quantité. « Charité bien ordonnée…»
Soyons justes quand même et accordons que notre gouvernement, au moment où la plupart des gens seront vaccinés, a prévu d’envoyer des vaccins à des populations pauvres de la terre.

Oui, l’enseignement de Jésus est radical. La chrétienne et le chrétien sont ceux écoutent sa parole et essaient de la mettre en pratique, pour d’ENTRER DANS LA VIE éternelle. Mais, loin d’une obéissance aveugle ou à la lettre, c’est une orientation à donner à notre vie, un sens à la vie qui motive les décisions que nous prenons tous les jours. À chacune et chacun de discerner quand et comment mettre en pratique ces paroles.

Puisque c’est une tâche jamais terminée. Je prends un moment pour voir si je suis bien en route ou bien pour voir quel pas je peux faire cette semaine pour me remettre en route.

Michel Bourgault
19 septembre 2021

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