La Visitation : la rencontre de deux femmes

La parole de Dieu du 4e dimanche de l’Avent (Année C) met en scène la rencontre de Marie, mère de Jésus, et d’Élisabeth, la mère de Jean Baptiste. Les deux femmes occupent une place centrale au début de l’évangile de Luc, un écrit datant du 1er siècle de l’ère chrétienne, dans une culture qu’on a coutume de voir dominée par les hommes.

Imaginons le déroulement de la visite : l’évangéliste Luc en a retenu le souvenir d’une salutation. À la base, c’est un geste de solidarité et de grande affection entre cousines. Vu la distance et la géographie montagneuse du pays, c’est aussi un voyage risqué pour Marie à qui on vient d’annoncer qu’elle est enceinte: Sois sans crainte Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu concevras dans ton sein et enfanteras un fils. La visite revêt un autre sens dans la bible. Les lectrices et lecteurs de Luc voient, en arrière-fond de cette visite, Dieu lui-même qui visite son peuple pour le délivrer de sa captivité.

Alors, Marie entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Zacharie, le mari d’Élisabeth et, comme tout homme à cette époque, le maître de la maison, semble ne recevoir aucun égard. En présence des deux femmes il est complètement éclipsé. Si on se souvient d’un récit précédent de Luc, où Zacharie a été réduit au silence pour n’avoir pas cru à l’annonce de la naissance de Jean-Baptiste. À l’inverse, Luc raconte que Marie, en entendant la parole de l’ange lui annonçant qu’elle est enceinte, a cru en sa parole et a dit: Qu’il m’advienne selon ta parole!

Puisque que Zacharie ne peut pas parler, tout se passe entre les deux femmes. Quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Combien de futures mamans se sont émerveillées de sentir bouger leur enfant à naître et demander aux papas de toucher un petit pied? Luc donne à ce tressaillement un autre sens, le récit continue: Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint. À ce moment, Élisabeth parle en prophète et dit: Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. Et elle appelle Marie la mère de son Seigneur. Elle ajoute finalement: Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. C’est une profession de foi que Luc met dans la bouche d’Élisabeth, car Jésus recevra le titre de Seigneur seulement après la résurrection. Cette profession de foi ancienne explique pourquoi, jusqu’à nos jours, dans la formule développée du Credo (de Nicée-Constantinople), nous disons : Je crois en un seul Seigneur, Jésus Christ.

On ne le réalise pas toujours, mais à chaque fois qu’on dit le Je vous salue Marie, on renouvelle la salutation d’Élisabeth à Marie, la mère du Seigneur. Sa profession de foi, redite des centaines, des milliers de fois, est devenue la nôtre. C’est comme lorsqu’on est rempli d’amour pour quelqu’un, combien de fois redisons-nous son nom! Il sonne comme une musique à notre oreille, on voudrait que ce nom prenne toute la place dans notre cœur.

Aujourd’hui, en relisant les trois textes du prophète Michée, de l’apôtre Paul et de Luc, par trois fois, on proclame que Dieu, parce qu’il veut notre bonheur, a envoyé à son peuple Israël un berger, un roi pour gouverner le monde et lui procurer la paix. L’apôtre Paul témoigne que ce berger est le Christ Jésus qui nous réconcilie avec le Père, pour de bon, en faisant le don de sa vie. Et, à l’invitation de Luc, comme Marie et Élisabeth, ouvrons grand notre cœur à l’annonce de la venue du Seigneur. Heureuses et heureux serons-nous qui croyons à l’accomplissement de ces paroles dites de la part du Seigneur.

  • En terminant, voici quelques questions ou réflexions pour un temps de pandémie.
  • Combien de visites avons-nous faites, ou au moins souhaitées, pour être libérés de l’isolement?
  • Combien de visites ont été l’occasion d’exprimer une joie retrouvée et de renouer un lien essentiel à notre vie?
  • Et, puisque nous sommes prêts à prendre certains risques, que nos visites soient des temps d’écoute de l’autre, d’encouragement mutuel en temps de fatigue, de reconnaissance du bien qui nous est fait, de confiance qu’on s’en sortira.
  • Quant à retrouver la paix, prions l’Esprit du Seigneur d’agir en nous et tâchons de discerner quels gestes sont enlignés avec la volonté de Dieu qui veut le bonheur des humains et peuvent faire advenir la paix.

Michel Bourgault
le 16 décembre 2021


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1 réponse à La Visitation : la rencontre de deux femmes

  1. Michel Bourgault dit :

    La visite de Marie à sa cousine vient, une fois encore, me dire qu’il est bien normal de sortir et aller partager une grande nouvelle avec une personne de sa parenté ou une amie. Ici, la visite n’est pas ordinaire; elle devient une explosion de joie, de bonheur, de foi. «Bénie es-tu!…», «comment se fait-il que mon Seigneur vienne à moi?»
    Quand j’y repense, les évangiles montrent Jésus bien plus souvent sorti de sa maison et de son village, allant à la rencontre des pêcheurs, des mendiants, des malades, et aussi de personnes de cœur qui écoutent ses paroles de sagesse, dites avec autorité, bousculant les discours des chefs et des savants. Pour dire quelle nouvelle? «Heureux les pauvres…», «Le Règne de Dieu est proche…».
    Que fais-tu, toi, disciple de Jésus? Peux-tu en faire autant? Sortir de chez toi, aller à la rencontre du monde, annoncer une joyeuse nouvelle? Quand as-tu fais ça la dernière fois?

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