Toucher ou se laisser toucher pour vivre

Lectures du jour :
La Sagesse 1, 13-15; 2, 23-24
2 Corinthiens 8, 7.9.13-15
Évangile d’après Marc 5, 21-43

1- Comme c’est souvent le cas, la Parole de Dieu est pleine de vie aujourd’hui.
D’abord dans livre de la Sagesse, on a lu : Dieu «ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants. Il les a tous créés pour qu’ils subsistent. » et « Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité. » et « la puissance de la Mort ne règne pas sur la terre, car la justice est immortelle. »
Dans une lettre aux Corinthiens :  Paul fait appel à leur générosité, eux qui ont tout reçu en abondance de Jésus Christ : la foi, la connaissance de Dieu et l’amour.  Aussi, il leur demande de partager cette abondance avec leurs sœurs et frères de Jérusalem.
Et voici que l’évangéliste Marc raconte comment Jésus relève ou redonne vie et espoir à deux personnes, une femme, anonyme, exclue de la société à cause de ses pertes de sang et le père d’une fillette gravement malade, un chef de synagogue dénommé Jaïre.

Comme moi, vous avez dû dire ou entendre qu’il y a eu un « avant la pandémie » et il y aura un « après la pandémie », que la vie ne sera plus pareille. Et pourtant, on entend souvent parler d’un retour à la vie normale. Beaucoup attendent avec impatience de renouer avec leurs habitudes de se rassembler et manger avec les amis, de partir en vacances et de consommer en général. Alors, qu’est-ce qui aura changé ? La vie sera-t-elle changée pour nous autant que pour la femme guérie ou le père de la fillette ? Que puis-je trouver dans l’évangile d’aujourd’hui pour me faire désirer et espérer  plus qu’un retour à la normale ?

L’hémorroïsse qui toucha le vêtement de Jésus. Arcabas, 1985. Musée d’art sacré contemporain, église Saint-Hugues de Chartreuse (Pinterest).

2- Le retour à la normale pour la femme ayant épuisé les solutions pour guérir de ses hémorragies serait, si non de retrouver sa fécondité, au moins la considération et l’affection dus à une mère. Elle veut vraiment guérir, et elle défie la règle de ne pas s’approcher et de toucher aux autres; admirons sa détermination d’oser toucher secrètement les vêtements de Jésus, ce qui lui vaut d’être guérie. Malgré la foule qui presse Jésus, tout se passe presque en secret, puisque Jésus ne sait pas qui l’a touché. La femme, poursuit l’évangéliste, se sentant guérie, se jette aux pieds de Jésus et lui dit toute la vérité. Et en faisant ça, elle reçoit plus que la guérison de son corps, elle retrouve de la valeur à ses propres yeux et aux yeux de tous, ce que confirme Jésus : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. » Qu’est-ce qui a changé pour elle ? Elle n’est pas qu’une femme guérie, elle est devenue fille de Dieu, c’est-à-dire croyante.

Nous ressemblons à cette femme, car, durant la pandémie, nous avons pris conscience de notre fragilité, et des faiblesses de notre système de santé et de soin aux aînés, les plus démunis de la société. Irons-nous jusqu’à reconnaître nos faiblesses et nous impliquer pour y apporter des remèdes ? Irons-nous jusqu’à tendre la main vers le Seigneur pour qu’il guérisse notre cœur ? Oserons-nous suivre son exemple, lui qui s’est démuni de tout pouvoir jusqu’à mourir pour nous ?  Les plus favorisés d’entre nous, nous laisserons-nous toucher comme Jésus et changerons-nous nos priorités pour porter plus attention aux aînés, malades, seuls ou défavorisés ? La vie en abondance donnée par la mort de Jésus devrait se concrétiser en égalité et justice envers les plus démunis. Paul le dit dans sa lettre aux corinthiens, c’est la vie telle que désirée par Dieu pour nous. La vie éternelle concerne cette part de notre être qui ne meurt pas, et qui fait qu’on se reconnaît filles et fils de Dieu.

3- Le récit de la femme qui perdait son sang, est imbriqué dans celui du chef d’une synagogue qui supplie Jésus de guérir sa fille en grand danger. D’après tous les récits précédents, les scribes et chefs de synagogue voient d’un bien mauvais œil les guérisons de Jésus, jusqu’à y voir l’action de Satan. Alors, c’est plutôt surprenant de voir un chef de synagogue, Jaïre, tomber aux pieds de Jésus et le supplier d’imposer les mains sur sa fillette, pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive, dit l’évangile. La réponse de Jésus ne se fait pas attendre : « Ne crains pas, crois seulement. » Là aussi la guérison ou le retour à la vie se passe quasiment en secret. Pas de foule, seuls assistent les parents et les intimes de Jésus. On lit que les témoins sont frappés de stupeur. Deux détails encore dans la fin du récit m’ont frappé : Jésus impose le secret et il leur dit de faire manger la jeune fille. 

Le surplus de vie pour ce père va au-delà de la guérison de sa fille, parce qu’au lieu de s’en tenir à son rôle de chef de synagogue, il s’est comporté en être humain, en père qui est alarmé, en détresse, à cause de sa petite fille mourante. Il s’est mis au rang des pauvres dans le besoin et a supplié pour sauver sa fille. Jésus, en lui demandant seulement d’avoir confiance et en tirant la jeune fille de son sommeil, lui fait comprendre que Dieu veut que les humains vivent.

4- Comment interpréter ces deux guérisons pour nous aujourd’hui ?
La maladie et la mort, à mesure que nous vieillissons, occupent de plus en plus de place dans notre vie. Ce n’est pas surprenant pour nous qui sommes vieillissant :   il n’y a pas un jour où on n’en parle pas à la maison. À mesure que notre santé devient plus fragile, on se demande de quoi demain sera-t-il fait ? Quelles sont les perspectives pour une vie qui a du sens à 60, 70 ans et plus ? Le don de la foi en une vie plus forte que la mort change-t-il ma façon de vivre maintenant ? À quel point, est-ce que je me laisse toucher par Dieu ? Est-ce que je reconnais son passage et son action dans le cœur des personnes qui m’entourent ?

Et mes enfants et petits-enfants qui occupent souvent mes pensées, en quoi seront-ils changés par la pandémie ? Est-ce qu’ils espèrent seulement un retour à la vie d’avant la pandémie ? Dans l’héritage que je leur laisse, y a-t-il une place pour le Dieu des vivants, ce Dieu qui nous a créés immortels ? Je vous le dis entre nous : je ne m’attends pas à une réponse claire à toutes ces questions, parce que l’action de Dieu pour notre salut se passe souvent dans le secret.

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